Lettre 7 - Aux électeurs de la Chaire d'Anglo-Saxon de Rawlinson et Bosworth, Université d'Oxford.
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Traduit par Celebrian
[Durant l'été 1925, on annonça que la chaire d'Anglo-Saxon d'Oxford était vacante suite à la démission de W.A.Craigie. Tolkien décida de postuler même s'il n'avait que trente-trois ans. Voici sa lettre de candidature officielle, datée du 27 juin 1925.]

Messieurs,

            Je désire offrir mes services pour le poste de professeur d'Anglo-Saxon à Rawlinson et Bosworth.

            Une chaire qui permet de telles opportunités pour exprimer et communiquer un enthousiasme éclairé pour les études d'Anglo-Saxon ainsi que l'étude des autres langues anciennes Germaniques m'attire d'une manière tout à fait naturelle, et je ne pourrais désirer quoi que ce soit de mieux que d'être associé à nouveau, de cette façon, à l'école d'Anglais d'Oxford. Je fus membre de cette école en tant qu'étudiant, puis tuteur et pendant mes cinq années d'absence résidant à Leeds, je suis heureux d'être resté en contact, plus spécialement durant les deux dernières années en tant que Jury pour les épreuves finales.

            Je suis premièrement arrivé au Collège d'Exeter comme boursier de Stapledon en 1911. Après avoir suivi des études Classiques en 1913 (où je me suis spécialisé en philologie Grecque), je fus diplômé avec haute distinction en Anglais en 1915 ayant comme principal sujet, l'ancien Islandais. Jusqu'à la fin de 1918, j'ai servi en tant qu'officier dans les Fusiliers du Lancashire et, cette année-là, je suis entré dans l'équipe du Oxford English Dictionary (Dictionnaire Anglais d'Oxford). Je fus l'un des assistants du Dr. Bradley 1 jusqu'au printemps de 1920 lorsque mon propre travail et les charges croissantes de tuteur m'empêchèrent de continuer.

            En octobre 1920, je partis à Leeds en tant que Lecteur en Langue Anglaise ayant comme mandat de développer l'aile linguistique d'une école d'Anglais en plein essor et pour laquelle aucun budget régulier n'avait encore été déterminé pour le spécialiste en linguistique. J'ai commencé avec cinq pionniers hésitants (uniquement de première année) parmi une école de soixante membres. Aujourd'hui, les proportions sont de 43 étudiants en littérature pour 20 en linguistique. Les linguistes ne sont nullement isolés ou coupés de la vie et du travail général du département et partagent plusieurs cours en littérature et les activités de l'école, mais depuis 1922, leur travail purement linguistique a été mené dans des classes particulières, et ils ont été testé au moyen de différents textes sur des attitudes et des sujets spéciaux. L'instruction offerte fut graduellement élargie et maintenant nous couvrons une grande part du champ de philologie Anglaise et Germanique. Des cours sont dispensés sur la poésie épique d'ancien Anglais, l'histoire de l'Anglais*, textes variés en Anglais ancien et du Moyen-Age*, philologie de l'ancien Anglais et celui du Moyen-Age*, Introduction à la philologie Germanique*, le Gothique, l'ancien Islandais (des cours de deuxième année* et de troisième), et le Wallon médiéval*. J'ai donné tous ces cours et j'ai présenté personnellement ceux marqués d'un *. Durant cette dernière session, un cours de lectures volontaires de textes qui ne sont pas spécialement considérées dans le programme courant a attiré plus de quinze étudiants qui n'étaient pas tous de l'aile linguistique du département.

            La philologie semble en effet avoir perdu, pour ces étudiants du moins, ses connotations de terreur, sinon de mystère. Un débat de groupe, plus fréquent dans les classes de littérature que dans celles de langue, a été conduit et a porté ses fruits en créant une rivalité amicale et en permettant d'ouvrir les discussions avec le rassemblement équivalent chez les littéraires. Un Club Viking a même été formé par d'anciens étudiants ainsi que des nouveaux, en vieil Islandais. Ils promettent de continuer le même genre d'activité indépendamment des enseignants. L'ancien Islandais est une matière qui s'est particulièrement développée et atteint habituellement un plus haut niveau que les autres sujets spéciaux puisqu'il est étudié pendant deux ans et quasiment avec la même profondeur que l'Anglo-Saxon....

            La grande part d'enseignement et de direction que mon poste a jusqu'ici exigée, augmentée par le partage de l'administration générale d'un département en pleine expansion, et dernièrement par les taches d'un Sénateur durant un temps particulièrement difficile dans la politique de l'Université, a profondément entravé mes travaux destinés à la publication mais je joins une note sur le travail que j'ai pu faire. Si je suis élu à la chair de Rawlinson et Bosworth, je m'efforcerai d'utiliser les opportunités qu'elle offre pour la recherche; je travaillerai, au meilleur de mes capacités, à l'accroissement du voisinage des études de linguistiques et littéraires qui ne peuvent jamais être ennemis à moins qu'on ne les comprenne pas ou sans perdre des deux; je continuerai, dans un champ plus large et plus fertile à encourager l'enthousiasme pour la philologie parmi les jeunes.

Je demeure, Messieurs, votre humble serviteur,
J.R.R.Tolkien

Note :

  1. Henry Bradley (1845-1923) était responsable du Dictionnaire Oxford alors que Tolkien y travaillait.