Eldarin Hands, Fingers and Numerals
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Rédigé par Dior

Eldarin Hands, Fingers & Numerals , en français "Mains, doigts et numéraux eldarins" (et en Quenya Máli, leperi, nótessi), est l'un des nombreux essais historico-philologiques rédigés par Tolkien dans les années 1967-1970 : comme dans bien d'autres cas, le Professeur se lance dans un exposé philologique, mais n'hésite pas à l'agrémenter de détails "historiques" complétant le Légendaire. Ce texte a été publié en premier dans le Vinyar Tengwar 47.

Voici quelques petits détails "historiques" contenus dans ce texte :

  • Les Eldar accordent une grande importance à la main; elle vient directement après la tête et le visage (§1).
  • Chez les Eldar, les postures de la main ont une signification :
    • une main, paume dirigée vers le haut : geste de celui qui reçoit, ou de celui qui demande quelque chose. Si les deux mains sont dans la même posture, cela signifie que l'individu est au service ou aux ordres d'un autre (§12);
    • une main, paume dirigée vers l'avant (vers celui auquel le geste est destiné, donc), à hauteur d'épaule (plus haut que l'épaule augmente l'emphase) : geste exprimant une interdiction, demandant le silence, ou l'arrêt, ou la cessation d'une action; interdisant d'avancer, ordonnant le retrait ou le départ; rejetant une demande (à comparer avec le geste d'Halbarad dans Le Seigneur des Anneaux) (§12);
    • bras ouverts, à une hauteur juste inférieure à celle des épaules, paumes vers l'extérieur : pas d'arme dans aucune main (§12);
    • main levée, paume vers l'arrière (et, pour l'emphase, en agitant les doigts) : accueil, bienvenue (note 8);
    • main levée, tranche vers l'avant : salut habituel, sans paroles (note 8);
    • étendre les doigts modifie en outre la signification : pour celui qui reçoit ou qui demande, le fait que les doigts soient entièrement ouverts indique la détresse, l'urgence. De la même façon, cette posture rend le geste d'interdiction plus hostile et menaçant, indiquant un possible usage de la force ou d'armes en cas de non-respect (§12);
    • tous ces gestes peuvent être faits de la main gauche ou de la main droit sans que la signification ne change. Mais faire le geste des deux mains en augmente l'importance : la signification du geste est alors attribuée à toute une communauté, ou à un roi.
  • Il n'y a pas, chez les Eldar, de distinction entre la main gauche et la main droite, tout comme aucune connotation (maléfique ou bénéfique) ne s'attache à la gauche ni à la droite. Les Eldar sont ambidextres, et l'usage d'une main plutôt que de l'autre reflète un choix purement individuel et personnel, et n'est aucunement hérité. Ainsi, un Elda peut-il écrire de n'importe quelle main : s'il écrit de la main gauche, il commence par le côté droit; s'il écrit de la main droite, il commence par le côté gauche (ainsi, la main ne couvre pas ce qui vient juste d'être écrit) (§13).
  • En Quenya, le pouce se dit nāpo, l'index lepetas, le majeur lepenel ou lepende, l'annulaire lepekan et l'auriculaire lepinka; mais les enfants les appellent différemment (dans le même ordre) : atto/atya ("papa"), emme/emya ("maman"), tolyo ou yonyo ("grand garçon"), nette ou selye ("fille"), wine ou winimo ("bébé"). La même chose vaut pour les orteils ! (§18).
  • Enfin, dans cet essai, Celebrimbor n'est plus un Fëanorien mais un des trois Teleri qui auraient accompagné Celeborn (dans la dernière version de l'histoire) dans son exil en Terre du Milieu.

Le Vinyar Tengwar 48 continue la présentation d'Eldarin Hands, Fingers & Numerals (il s'agit en fait de textes et de notes étroitement liés, tant par le sujet que par les dates, à ce texte). Comme pour le VT47, voici quelques informations "historiques" :

  • Le texte Eldarinwe Leperi are Notessi ("The Elvish Fingers and Numerals", ou "Les doigts et numéraux elfes") nous livre (entre autres choses) deux informations intéressantes :
    • Pengoloð (Quenya Quendingoldo) : le texte, résumé d'un document rédigé à l'origine par Pengoloð de Gondolin, nous précise l'origine de ce grand savant eldarin "réputé être le plus grand des Lambeñgolmor (savants linguistes) avant la fin des Jours anciens, à la fois par le talent et par la chance, vu qu'il avait lui-même connu le Quenya (Vanyarin et Noldorin) et le Telerin, et qu'il avait préservé d'une mémoire remarquable même chez les Eldar les travaux (spécialement ceux sur l'étymologie) des savants antérieurs (Feanor inclus); mais il avait également pu, en tant qu'Exilé, apprendre le Sindarin dans ses variantes, et le Nandorin, et avait quelques connaissances du Khuzdûl sous sa forme archaïque, tel qu'utilisé dans les demeures des Nains de l'Ered Lindon." (paragraphe 4 et note de l'auteur 3). L'éditeur fait remarquer (note 25) que ce texte diffère de ce que l'on savait de Pengoloð jusqu'à présent (selon HoMe XI, Quendi and Eldar, il s'agissait d'"un Elfe d'ascendance mixte sindarine et ñoldorine, né en Nevrast, ayant vécu à Gondolin depuis sa fondation", et qui, après la chute de cette cité, "collecta beaucoup de matériaux parmi les survivants des guerres aux Bouches du Sirion relatifs aux langues et aux systèmes gestuels avec lesquels, en raison de l'isolement de Gondolin, il n'était pas encore familiarisé." Pengoloð resta en Terre du Milieu durant le Second Âge pour poursuivre ses travaux, demeurant un certain temps parmi les Nains de Khazad-dûm, avant de s'embarquer pour Eressëa "lorsque l'ombre de Sauron recouvrit l'Eriador.").
    • Le texte est un résumé d'un document préservé dans les archives gondoriennes, en fait une copie apparemment réalisée à Númenor peu avant sa chute, probablement par ou sur les ordres d'Elendil, par amour des langues eldarines et des travaux des savants sur leur histoire, mais aussi pour son contenu inhabituel (§4).
  • Un autre texte, Variation D/L in Common Eldarin ("Variation D/L en Eldarin commun") nous apprend que les demeures des Nains en Ered Luin (Nogrod et Belegost) ont certainement été construites il y a très longtemps, même en termes elfes, avant la venue des Noldor exilés, et probablement avant l'arrivée en Beleriand des Eldar de la Grande Marche (note 1, §3).

Affaire à suivre avec la publication future du Vinyar Tengwar 49 qui terminera l'étude de ces textes.

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