II. Ælfwine et Dírhaval
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Traduit par Dior

Dans Contes et Légendes inachevés (p. 146), j'ai fait référence à une "note liminaire" au Narn i Chîn Húrin , trouvée sous différentes formes, et j'ai donné un compte-rendu très condensé et sélectif de son contenu. Les deux versions sont en fait plus distinctes que ceci le suggère, et je les donne ici entièrement. L'une d'elles est un manuscrit clair écrit presque sans hésitation ni modification (que ce soit au moment même ou plus tard) : celle-ci, que j'appellerai " A ", précéda clairement l'autre, et je la donne en premier. Les notes numérotées se trouveront p. 315 .

Túrin Turumarth 1

Ici commence ce récit qu'Ælfwine rédigea d'après le Húrinien : qui est le plus long de tous les lais du Beleriand à présent conservés en souvenir en Eressëa. Mais il est dit là-bas que, bien que réalisé en langue elfe et utilisant nombre de connaissances elfes (spécialement de Doriath), ce lai fut l'uvre d'un poète humain, Dírhavel, qui vécut aux Havres dans les jours d'Ëarendel et y rassembla toutes les nouvelles et les connaissances qu'il put au sujet de la Maison de Hador, que ce soit chez les Hommes ou les Elfes, survivants et fugitifs de Dorlómin, de Nargothrond, ou de Doriath. De Mablung, il apprit beaucoup; et par chance aussi il trouva un homme nommé Andvír, et il était très vieux, mais il était le fils de cet Andróg qui faisait partie de la bande de hors-la-loi de Túrin, et seul il survécut à la bataille au sommet d'Amon Rûdh. 2 Sinon, toute cette période entre la fuite de Túrin de Doriath et son arrivée à Nargothrond, et les actes de Túrin durant ces jours, seraient restés cachés, excepté le peu qui était retenu parmi les gens de Nargothrond sur de tels sujets que Túrin ou Gwindor eussent jamais révélé. De cette manière également, la question de Mîm et ses relations ultérieures avec Húrin furent éclaircies. Ce lai fut tout ce que Dírhavel rédigea jamais, mais il était estimé par les Elfes et remémoré par eux. Dírhavel, disent-ils, périt lors du dernier raid des fils de Fëanor sur les Havres. Son lai fut composé sur ce mode de versification qui était appelé Minlamad thent / estent . 3 Bien que cette versification n'était pas totalement différente de la versification connue d'Ælfwine, il traduisit le lai en prose (y incluant, ou ajoutant en marge comme il lui semblait convenir, des éléments de commentaires elfes qu'il avait entendus ou vus); car il n'était pas lui-même doué en versification, et le transfert de ce long récit de l'elfe vers l'anglais était assez difficile. En effet, alors même que cela était effectué, avec l'aide des Elfes, comme il semblerait d'après ses notes et ajouts, son récit est par endroits obscur.

Cette version en anglais "moderne", c'est-à-dire des formes d'anglais intelligibles à des utilisateurs vivants de la langue anglaise (qui ont quelques connaissances ès lettres, et qui ne sont pas limités à la langue de l'usage journalier, de bouche à bouche), ne tente pas d'imiter l'idiome d'Ælfwine, ni celui de l'elfe qui transparaît souvent, spécialement dans le dialogue. Mais étant donné qu'il s'agit à présent même pour les Elfes d'"un conte d'antan", et que cela dépeint de hauts et anciens personnages et leur langage (tels que Thingol et Melian), il y a dans la version d'Ælfwine, et il y avait clairement à l'époque de Dírhavel, beaucoup de langue archaïque, de mots et d'usage, et les Elfes plus vieux et plus nobles ne parlent pas de la même manière que des Hommes, ou pas tout à fait dans la même langue que celle de la narration principale; il y a par conséquent ici de semblables éléments conservés. C'est pour cette raison que, par exemple, le langage de Thingol n'est pas celui de notre époque : car en effet, le langage de Doriath, celui du roi ou d'autres, était déjà dans les jours de Túrin plus antique que celui utilisé ailleurs. Une chose (comme Mîm l'observa) dont Túrin ne se débarrassa jamais, en dépit de ses doléances envers Doriath, était le langage qu'il avait acquis durant son hébergement. Bien qu'un Homme, il parlait comme un Elfe du Royaume Caché, 4 ce qui est comme si un Homme devait à présent apparaître, dont le langage et l'éducation jusqu'à sa maturité avaient été ceux de quelque pays isolé où l'anglais était resté plus proche de celui de la cour d'Elizabeth I ère que d'Elizabeth II.

Le second texte (" B ") est beaucoup plus bref, et fut tapé sur la machine à écrire que mon père utilisa pour plusieurs des textes du Narn , et d'autres écrits tel que le chapitre De la Venue des Hommes dans l'Ouest .

De nombreux chants sont encore chantés et de nombreux contes sont encore contés par les Elfes sur l'Île Solitaire au sujet de Nirnaeth Arnoediad, la Bataille des Larmes Innombrables, au cours de laquelle Fingon chuta et la fleur des Eldar fana. Mais ici vais-je conter comme je le peux un Conte des Hommes que Dírhaval 5 des Havres rédigea jadis dans les jours d'Ëarendel. Narn i Chîn Húrin l'appela-t-il, le Co nte * des Enfants de Húrin, qui est le plus long de tous les lais qui sont à présent remémorés en Eressëa, bien qu'il fût fait par un homme.

Car tel était Dírhaval. Il venait de la Maison de Hador, est-il dit, et la gloire et la peine de cette Maison lui étaient les plus chères à son cur. Demeurant aux Havres du Sirion, il y rassembla toutes les nouvelles et les connaissances qu'il put; car durant les derniers jours du Beleriand, là vinrent les survivants de toutes les contrées, à la fois Hommes et Elfes : de Hithlum et de Dor-lómin, de Nargothrond et de Doriath, de Gondolin et des royaumes des Fils de Fëanor dans l'est.

Ce lai fut tout ce que Dírhaval fit jamais, mais il était estimé par les Eldar, car Dírhaval utilisa la langue des Elfes Gris, pour laquelle il était très doué. Il utilisa ce mode de versification elfe qui est appelé [ espace long laissé dans le tapuscrit ], qui était depuis longtemps propre au narn; mais bien que ce mode de versification ne soit pas différent de la versification de l'anglais, je l'ai rendu en prose, estimant mon art trop petit pour être à la fois scop et walhstod . 6 Même ainsi, ma tâche a été suffisamment ardue, et sans l'aide des Elfes, elle n'aurait pu être achevée. Je n'ai rien ajouté au conte de Dírhaval, ni omis rien qu'il dît; ni n'ai modifié l'ordre de son histoire. Mais sur des sujets qui semblaient d'intérêt, ou qui étaient devenus sombres avec le passage des années, j'ai fait des notes, soit dans le conte, soit dans ses marges, selon des connaissances telles que celles que j'ai trouvées en Eressëa.

Que A précéda B, quel que soit l'intervalle (mais je ne pense pas qu'il fut long), se voit, parmi d'autres considérations, par l'usage du vieux nom "le Húrinien " dans la phrase d'ouverture de A (alors qu'en B, c'est appelé Narn i Chîn Húrin ). Ce nom était apparu des années auparavant en QS, chapitre 17, De Túrin Turamarth ou Turin le Malheureux  : "ce lai qui est appelé iChúrinien , les Enfants de Húrin, et qui est le plus long de tous les lais qui parlent de ces jours" (V.317). (Pour Húrinien par rapport à iChúrinien , et mes raisons pour la substitution de Hîn pour Chîn dans Contes et Légendes inachevés , voir V.322.)

Il est possible d'affirmer avec certitude à quelle époque ces fragments furent écrits. J'ai dit dans Contes et Légendes inachevés (p. 150) :"Depuis le point du récit où l'on voit Túrin et ses hommes s'installer dans l'ancienne demeure des Petits-Nains, sur Amon Rûdh, on ne trouve aucune relation à ce point détaillée [comme dans les parties précédentes] jusqu'à ce que le Narn reprenne le voyage de Túrin vers le nord, après la chute de Nargothrond" : à partir des matériaux existants, j'ai formé une brève narration dans Le Silmarillion , chapitre 21, et ai donné quelques citations supplémentaires des textes dans Contes et Légendes inachevés , pp. 150-4. À présent, le récit de Túrin et Beleg dans la demeure cachée de Mîm sur Amon Rûdh et de l'éphémère "Pays de l'Arc et du Heaume", Dor-Cúarthol, appartient à la période suivant la publication du Seigneur des Anneaux ; et la mention dans le texte A de l'homme Andvír, "le fils de cet Andróg qui faisait partie de la bande de hors-la-loi de Túrin, et seul il survécut à la bataille au sommet d'Amon Rûdh" (voir note 2) montre que ce récit existait pleinement (aussi loin qu'il allât jamais) quand A fut écrit - en effet, il semble suffisamment probable que A appartienne à la période pendant laquelle mon père était en train d'y travailler.

Il est par conséquent très remarquable qu'à une date aussi relativement tardive, il proposait une telle vue de la "transmission" du Narn i Chîn Húrin (en contraste avec l'affirmation mentionnée en X.373, selon laquelle "Les trois grands Contes doivent être númenóréens, et dériver de choses préservées en Gondor" : le second des "grands Contes" étant le Narn i Chîn Húrin ). Frappante aussi est l'information (dans les deux textes) selon laquelle la forme métrique du lai de Dírhaval présente quelques ressemblances avec la versification connue d'Ælfwine (signifiant bien sûr le vers allitératif anglo-saxon), mais selon laquelle, parce qu'Ælfwine n'était pas un scop (voir note 6), il le traduisit en prose (anglo-saxonne). Je ne connais pas d'autres affirmations corroborant ceci. Il est tentant de soupçonner quelque sorte de référence oblique ici au Lai des Enfants de Húrin allitératif abandonné de mon père, des années 1920, mais cela pourrait être illusoire.

La seconde version B, dans laquelle la note liminaire devient une préface par Ælfwine lui-même, plus qu'un "éditorial" rendant compte de ce qu'Ælfwine fit, était attachée par un trombone et faisait clairement partie d'un tapuscrit de vingt-quatre pages, composé ab initio par mon père et portant le titre "Ici commence le conte des Enfants de Húrin, Narn i Chîn Húrin , que Dírhaval réalisa". Ce texte fournit l'ouverture du Narn , dans Contes et Légendes inachevés (pp. 57-58), et continue dans le récit de Húrin et de Huor à Gondolin (omis dans Contes et Légendes inachevés ), qui se basait de très près en effet sur la version des Annales Grises , et est décrit en pp. 169-170 (puis suit le récit de la sur de Túrin, Lalaeth, et de son amitié avec Sador Labadal, se terminant avec le départ à cheval de Húrin pour la Bataille des Larmes Innombrables, ce qui est donné en Contes et Légendes inachevés , pp. 58-65). Il est très difficile d'interpréter, dans le récit de la visite à Gondolin, l'étroite similarité ou (souvent) l'identité exacte de formulation dans le lai de Dírhaval avec celle de la version des Annales Grises . La même question se pose, en dépit d'une différence centrale dans la narration, dans le cas de la version du Narn de la Bataille des Larmes Innombrables et de celle des Annales (voir pp. 165 et suivantes). Le texte du Narn n'est pas lié, comme l'est le récit de Gondolin, au nom de Dírhaval; mais il est un fait curieux qu'il commence (p. 165) "De nombreux chants sont encore chantés et de nombreux contes sont encore contés par les Elfes au sujet de Nirnaeth Arnoediad, la Bataille des Larmes Innombrables, au cours de laquelle Fingon chuta et la fleur des Eldar fana" - car ceci est identique à l'ouverture de la préface d'Ælfwine (texte B, p. 312 ), excepté que cette dernière a "sont encore contés par les Elfes sur l'Île Solitaire".

*       [note de bas de page au texte] narn chez les Elfes signifie un conte qui est conté en vers à déclamer et non à chanter.

1      Dans le vieux Conte de Turambar , la forme gnomique de Turambar était Turumart , et en quenya Turumarth , où ce fut cependant changé en Turamarth , comme ce le fut aussi en QS (V.321). Turumarth doit représenter ici un retour vers la forme originelle.

2      Andvír, fils d'Andróg, n'apparaît nulle part ailleurs. Il est expressément mentionné dans un plan de l'intrigue de cette partie du Narn qu'Andróg mourut lors de la bataille au sommet d'Amon Rûdh (voir Contes et Légendes inachevés , p. 154). La formulation ici est claire, et peut presque être prise comme signifiant que ce fut Andvír (aussi un membre de la bande de hors-la-loi) qui seul survécut.

3      Le nom de la versification est clairement Minlamad thent / estent : Minlamed , dans Contes et Légendes inachevés , est erroné.

4      Cf. l'"excursus linguistique" dans les Annales Grises , p. 26, où il y a une référence au langage des Elfes Gris devenant la langue commune du Beleriand et étant affecté par des mots et des procédés tirés du noldorin - "hormis en Doriath où la langue resta plus pure et moins affectée par le temps".

5      Le nom est parfaitement et clairement Dírhavel en A, mais est tapé Dírhaval en B, qui, étant le dernier, aurait dû être adopté dans Contes et Légendes inachevés .

6      Contre scop mon père nota : "vieil anglais = poète", et contre walhstod "vieil anglais = interprète" (sur la copie carbone "interprète / traducteur").